
Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 29 · Wave 2
Tu as décidé d’essayer une thérapie. Reste à trouver la bonne personne. La plupart des parents sous-estiment à quel point ce choix compte, et à quel point la démarche passe, le plus souvent, par des essais et des erreurs. La bonne personne, les bénéfices sont difficiles à surestimer. La mauvaise te fait perdre des mois.
Cet article explique ce qu’il faut chercher, les quatre approches qui valent la peine d’être comprises, où chercher, le tri qui repère la plupart des mauvais accordages avant la première séance, ce qu’on peut attendre des trois premières séances, et le moment où il faut changer.
Pourquoi l’accordage compte plus qu’on ne le croit
Ce qui prédit le mieux qu’une thérapie va marcher, ce n’est ni l’approche, ni le diplôme, ni les années d’expérience. C’est l’accordage entre toi et ton ou ta psy. La recherche est étonnamment constante là-dessus.
Trois raisons à ça.
1. La thérapie passe par la relation. Le travail se fait dans la relation entre toi et le ou la psy. Si la relation ne va pas, les techniques ne prennent pas. Un ou une psy brillante mais qui ne te correspond pas donne de moins bons résultats qu’une personne moins expérimentée mais bien accordée.
2. La confiance commande la profondeur. Tu ne montreras certaines choses qu’à un ou une psy en qui tu as confiance. Sans confiance, tu joues une version de toi en séance, et ce numéro ne te mène nulle part. L’accordage détermine la vitesse à laquelle la confiance se construit.
3. Le style influe sur la régularité. Chaque psy a son style. Certains sont plus chaleureux, d’autres plus directs, d’autres plus analytiques, d’autres plus intuitifs. Le style qui te convient te fait revenir. Le mauvais style produit du flottement, puis l’abandon.
Ce que ça implique : prévois de la marge pour les essais et les erreurs. La plupart des parents essaient deux ou trois psy avant de trouver le bon accordage. Prendre la première personne pour la réponse, c’est la raison la plus courante pour laquelle la thérapie ne marche pas chez les parents après une séparation.
Les quatre approches qui valent la peine d’être comprises
Pas besoin de devenir expert. Mais ça vaut le coup de connaître la forme générale des grandes approches, pour en choisir une qui colle à là où tu en es.
Approche 1 : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC)
Ce que ça fait : ça cible des schémas de pensée et des comportements précis qui ne te servent pas. Très structuré. Souvent limité dans le temps (8 à 20 séances). Beaucoup d’exercices concrets à faire entre les séances.
Quand ça convient : quand tu as des schémas précis que tu peux nommer (l’angoisse au moment d’un contact avec le co-parent, les pensées catastrophe, l’évitement) et que tu veux les changer efficacement.
Quand ça ne convient pas : quand tu as besoin d’aller travailler des choses plus profondes, ou quand tu n’es pas en état de t’atteler à des exercices structurés.
Approche 2 : les thérapies psychodynamiques ou d’exploration
Ce que ça fait : ça explore les schémas venus de la famille d’origine, de l’attachement, des dynamiques inconscientes. Moins structuré. Souvent sur la durée (des mois, voire des années).
Quand ça convient : quand tu veux comprendre pourquoi tu retombes toujours dans les mêmes schémas, quand l’échec du couple a fait remonter des choses plus anciennes de ta vie, quand tu as le temps et les moyens pour un travail au long cours.
Quand ça ne convient pas : quand tu as besoin d’une aide concrète et immédiate face à une crise en cours, ou quand tu veux faire baisser des symptômes vite.
Approche 3 : les thérapies à médiation corporelle
Ce que ça fait : ça travaille avec ce que le corps a stocké. Ça comprend la somatic experiencing, la psychothérapie sensorimotrice, le travail du trauma par le corps.
Quand ça convient : quand tes symptômes de séparation sont surtout physiques (tension chronique, troubles du sommeil, dissociation, crises de panique), quand la parole seule ne t’a pas fait bouger, quand tu soupçonnes qu’il y a du trauma dans ce que tu portes.
Quand ça ne convient pas : quand le travail centré sur le corps te met mal à l’aise, ou quand tu as précisément besoin d’une restructuration des pensées.
Approche 4 : l’IFS, ou le travail avec les parts
Ce que ça fait : ça travaille avec les différentes parts de ta psyché, qui peuvent être en conflit. La part de moi qui veut écrire au co-parent. La part qui voudrait ne plus jamais lui adresser la parole. Chaque part est écoutée.
Quand ça convient : quand tu te sens divisé, quand différentes parts de toi veulent des choses différentes, quand tu as repéré un conflit intérieur que la réflexion ordinaire ne dénoue pas.
Quand ça ne convient pas : quand tu préfères les approches linéaires et structurées.
Tu n’es pas obligé de choisir une approche avant de commencer. Beaucoup de psy travaillent avec plusieurs. Mais en connaître les bases t’aide à avoir des échanges éclairés avec les personnes que tu rencontres.
Où chercher
Cinq pistes, à peu près dans l’ordre de leur utilité.
Piste 1 : un médecin traitant en qui tu as confiance
Si tu as un médecin de confiance, lui demander une orientation est souvent le départ le plus net. Il connaît des psy du secteur, peut t’orienter selon tes besoins, et une partie du parcours peut être prise en charge. En France, le dispositif Mon soutien psy permet d’ailleurs un certain nombre de séances de psychologue prises en charge, en passant par ton médecin.
Piste 2 : un ami qui a fait une thérapie qui a marché
Pas n’importe quelle thérapie. Un ami dont la thérapie a vraiment marché, qui a vu un vrai changement, et dont tu pourrais imaginer vouloir des résultats semblables. Sa recommandation est une donnée de qualité.
Réserve : son ou sa psy n’est pas forcément la bonne personne pour toi. La recommandation est un point de départ, pas une conclusion.
Piste 3 : les annuaires professionnels
Il existe des annuaires de psychologues et de psychothérapeutes, qu’on peut filtrer par ville, par approche, par spécialité. Cherche ceux qui mentionnent la séparation, le divorce ou les transitions familiales dans leurs domaines. En France, les psychothérapeutes sont inscrits sur un registre national (ARS), et de nombreux praticiens publient leur profil sur les annuaires en ligne. Côté secteur public, les CMP (centres médico-psychologiques) proposent un accès gratuit, avec des délais variables.
Piste 4 : les recommandations de ta communauté
Si tu fais partie d’un milieu qui a des spécificités culturelles ou de parcours, cherche un ou une psy qui a l’expérience de ce milieu. Sinon, tu risques de passer des séances sur des évidences au lieu d’aller à ton vrai travail.
Piste 5 : les plateformes de thérapie en ligne
Plusieurs plateformes te mettent en lien avec des psy, à un coût plus accessible et avec plus de souplesse. La qualité est variable. La praticité, elle, est réelle. À considérer si l’accès est limité par ailleurs.
Ce qu’il vaut mieux éviter : les psy autoproclamés d’Instagram, les coachs de vie sans formation clinique, et quiconque te promet des résultats rapides.
Le tri en amont
Avant de t’engager sur des séances hebdomadaires, fais un premier tri. La plupart des praticiens acceptent un bref échange de présentation, par téléphone ou lors d’une première séance. Sers-t’en.
Cinq questions à poser, en écoutant moins ce qu’on te répond que la façon dont on te répond.
Question 1 : avez-vous l’expérience de l’accompagnement de parents qui traversent une séparation ou un divorce ?
Ce que tu écoutes : s’il s’agit d’une expérience précise, pas seulement d’une expérience générale. Le contexte d’après-séparation a ses particularités (les enfants, la relation qui continue avec le co-parent, le long chemin de la reconstruction) et il y a un vrai bénéfice à ce que ce soit familier.
Signal d’alerte : des réponses vagues, ou je travaille avec toutes sortes de situations. Ça veut dire qu’il n’y a pas d’expérience précise.
Question 2 : comment travaillez-vous, en général, avec quelqu’un dans ma situation ?
Ce que tu écoutes : une réponse cohérente, qui te donne une idée de ce à quoi ressembleraient vraiment les séances. La personne devrait pouvoir décrire sa manière de faire sans jargon.
Signal d’alerte : une réponse longue, pleine de jargon, que tu n’arrives pas à suivre. Ça veut dire, soit qu’on ne sait pas communiquer clairement avec des non-spécialistes, soit qu’il n’y a pas de cap clair.
Question 3 : quel est votre regard sur la place de la thérapie dans les situations de co-parentalité ?
Ce que tu écoutes : la preuve qu’on comprend les contraintes propres à ta situation (tu ne peux pas simplement partir ; tu dois continuer à être en lien avec le co-parent à travers les enfants). Le ou la psy devrait pouvoir formuler que le travail n’est pas d’effacer le co-parent, mais d’apprendre à bien fonctionner dans une structure qui dure.
Signal d’alerte : des réponses simplistes, qui traitent le co-parent comme quelqu’un que tu devrais juste « dépasser ».
Question 4 : combien de temps accompagnez-vous, d’habitude, quelqu’un dans ma situation ?
Ce que tu écoutes : une durée réaliste. La plupart des parents travaillent avec moi entre 6 et 18 mois, c’est raisonnable. On y verra plus clair après quelques séances, c’est prudent, mais pas inquiétant. J’ai des personnes qui sont avec moi depuis des années, c’est préoccupant si c’est la règle plutôt que l’exception.
Signal d’alerte : des réponses très longues ou très courtes. Les deux suggèrent que quelque chose cloche.
Question 5 : que se passe-t-il si la thérapie ne marche pas ?
Ce que tu écoutes : une réponse réfléchie sur la réévaluation, l’orientation éventuelle vers un confrère, la capacité à reconnaître quand on n’est pas la bonne personne.
Signal d’alerte : la défensive, ou la thérapie marche toujours quand on s’en donne les moyens (qui fait porter toute la responsabilité sur toi).
Un ou une psy qui ne répond pas bien à ces questions n’est pas forcément mauvaise. Mais ce n’est probablement pas la bonne personne pour toi. Passe à la suivante.
Ce qu’on peut attendre des trois premières séances
Les trois premières séances sont une période d’évaluation, des deux côtés.
Séance 1 : recueillir les informations
C’est surtout toi qui parles ; c’est surtout l’autre qui écoute. On découvre ta situation, ton histoire, ton état du moment, ce qui t’amène. On te posera sans doute des questions sur ton entourage, ta santé physique, ton sommeil, ton travail, tes enfants.
À la fin, on devrait te donner une idée de la manière dont on travaillerait avec toi et de ce à quoi t’attendre.
Ce que tu vérifies : est-ce que tu te sens assez à l’aise pour revenir ? Est-ce que tu as l’impression qu’on a saisi le tableau, même en partie ? T’es-tu senti bousculé, jugé, ou expédié ?
Séance 2 : aller plus loin
Là, on creuse un peu plus un ou deux points précis remontés à la séance 1. Le ou la psy commence à faire de petites interventions : des questions qui ouvrent quelque chose, des remarques qui nomment ce que tu n’avais pas nommé, une légère pression sur certains schémas.
Ce que tu vérifies : est-ce qu’on a dit quelque chose qui a fait mouche ? Est-ce qu’on t’a aidé à voir quelque chose que tu ne voyais pas seul ? Étais-tu en train de travailler, en séance, ou seulement de parler ?
Séance 3 : le premier test
Autour de la séance 3, quelque chose de difficile remonte souvent. Soit tu entres dans une matière plus dure, soit un schéma qu’on a nommé a touché un point sensible, soit le travail demande plus d’honnêteté que tu n’en as offert jusque-là.
Ce que tu vérifies : as-tu eu assez confiance pour amener la matière plus difficile ? Et si tu as testé la personne en amenant quelque chose de dur, est-ce qu’elle l’a bien accueilli ?
C’est la séance où beaucoup de parents arrêtent, parce que l’inconfort est réel. N’arrête pas ici. Tiens jusqu’à la séance 6 avant de décider.
Quand changer
Vers la séance 6 ou 8, tu sauras si l’accordage est bon. Quelques signaux pour changer :
1. Tu ressors systématiquement des séances en te sentant plus mal, sans avoir le sentiment d’avancer. La thérapie est parfois inconfortable. Elle ne devrait pas te vider en continu sans aucun mouvement vers l’avant.
2. Tu lui caches des choses. Si, de façon régulière, tu ne dis pas des choses importantes parce que tu n’as pas confiance pour les confier, l’accordage ne fonctionne pas.
3. On t’a fait trois fois la même observation et tu n’es pas d’accord. Soit l’autre se trompe, soit tu n’es pas prêt à l’entendre. Dans les deux cas, la relation n’avance pas.
4. On passe à côté de choses qui te semblent importantes. Des points précis que tu as soulevés et qui restent sans suite, des choses qu’on aurait dû remarquer et qu’on n’a pas vues, des schémas qui échappent.
5. Le style ne va pas. Peut-être trop en douceur quand tu as besoin de direct. Peut-être trop direct quand tu as besoin de douceur. Le décalage de style est réel, et il mérite qu’on le respecte.
6. Tu redoutes les séances. Une légère réticence est normale. Une véritable appréhension veut dire que la séance coûte plus qu’elle ne rapporte.
Comment changer : dis-le directement à la personne en cours. Je crois que j’ai besoin d’essayer une autre approche. Merci pour le travail accompli. La plupart des psy sont professionnels là-dessus, et certains te recommanderont même quelqu’un qui te conviendrait mieux.
Ne change pas sur un coup de tête après une mauvaise séance. Mais change délibérément après 6 à 8 séances de mauvais accordage.
Les erreurs courantes au moment de choisir
Cinq erreurs qui mènent à de mauvais résultats.
1. Prendre la première personne disponible. La commodité l’emporte sur l’accordage. À éviter. La première personne libre n’est pas toujours la bonne.
2. Choisir d’abord sur le prix. Moins cher ne veut pas dire moins bien, mais le moins cher n’est pas toujours le bon. Dans une fourchette raisonnable, l’accordage compte plus que le tarif.
3. Choisir l’approche d’abord, la personne ensuite. Tu crois vouloir des TCC, ou du corporel, alors tu ne regardes que les psy étiquetés comme ça. La personne compte plus que l’approche. Un bon accordage avec une autre approche marche mieux qu’un mauvais accordage avec celle que tu préférais.
4. Éviter les psy du même genre que le co-parent. Certains parents écartent par réflexe les psy qui leur rappellent le co-parent. Parfois ça se comprend, parfois c’est une occasion manquée. N’en fais pas un filtre automatique.
5. Choisir quelqu’un qui te donne toujours raison. Un ou une psy qui approuve tout ce que tu dis ne travaille pas. Le métier suppose un désaccord utile, au bon moment. Si tu veux qu’on te valide, les amis coûtent moins cher. Si tu veux changer, il te faut quelqu’un qui sache être en désaccord, et bien.
En bref
L’accordage avant l’approche, l’approche avant les diplômes. Prévois 2 à 3 essais.
Quatre approches à comprendre :
- TCC : structuré, ciblé, souvent plus court.
- Psychodynamique : exploration, sur la durée.
- Corporel : à médiation corporelle, particulièrement utile pour ce que le corps a stocké.
- IFS, travail avec les parts : pour le conflit intérieur.
Où chercher :
- L’orientation d’un médecin traitant de confiance.
- Un ami dont la thérapie a marché.
- Les annuaires professionnels.
- Les recommandations de ta communauté.
- Les plateformes en ligne (avec prudence).
Cinq questions de tri :
- L’expérience de la séparation ou du divorce.
- La façon de travailler avec ta situation.
- Le regard sur la thérapie dans un contexte de co-parentalité.
- Une durée réaliste.
- Ce qui se passe si la thérapie ne marche pas.
Les trois premières séances :
- Séance 1 : recueillir les informations.
- Séance 2 : aller plus loin.
- Séance 3 : le premier test. N’arrête pas ici. Tiens jusqu’à la séance 6.
Quand changer :
- Plus mal en continu, sans avancée.
- Tu lui caches des choses.
- La même observation, trois fois, sans prise.
- Des choses importantes qui passent à la trappe.
- Le style ne va pas.
- L’appréhension avant les séances.
Erreurs courantes :
- La première personne libre.
- Choisir sur le seul prix.
- L’approche avant la personne.
- Le filtre réflexe sur le genre.
- Choisir quelqu’un qui te donne toujours raison.
Pour finir
La bonne personne, c’est en général la deuxième ou la troisième. La première, c’est le début de la recherche, pas la fin.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.